Une crise peut-elle faire l’économie de la solidarité ? C’est la question que nous nous sommes posé à l’occasion de notre cycle thématique « solidarités d’aujourd’hui » réunissant des acteurs qui ont su faire vivre et réinventer la solidarité. Ils ont donc répondu à beaucoup d’autres : comment des initiatives ont-elles pu voir le jour et créer du lien malgré les mesures de confinement ? Que nous disent ces initiatives sur le besoin structurel de solidarité ? Et surtout, comment les acteurs de cette crise envisagent-ils leur impact sur le temps long ?

Alors que la période actuelle révèle les failles d’un système laissant dans l’oubli les personnes les plus précaires, chacun se demande comment agir. On pourrait s’attendre à ce que le climat soit propice aux comportements individualistes – ils existent. Mais cela ne peut cacher la solidarité dont les startups et acteurs du monde associatif ont fait preuve pour développer des solutions face à l’urgence. Mettre en relation demandes urgentes et particuliers pouvant y répondre, recréer du lien et renforcer la coopération au niveau local… des actions qui éclosent aujourd’hui et que l’on espère bien voir fleurir demain.

Se mettre en mouvement et se structurer pour répondre à l’urgence  

Souvent constituées de citoyens bénévoles, ces démarches spontanées sont rendues possibles par une grande efficacité sur le terrain et le souci de répondre au mieux aux besoins réels. Roméo Estezet, 16 ans, passionné d’impression 3D a par exemple lancé 3D4Better afin de produire des visières à destination des soignants. Nina Gouze est elle à l’origine d’un dispositif permettant à des particuliers de mettre à disposition leurs vélos pour le personnel soignant. Des Vélos Pour l’Hosto a été lancé en une vingtaine de jours seulement. Cette rapidité à voir le jour ne fait pas figure d’exception. « On a un mois aujourd’hui » nous rapporte Sandy Guillot, co-fondatrice SOSéquipement« À l’heure actuelle, la plateforme a déjà aidé plus de 4 000 personnels de santé qui sont en première ligne. » poursuit Sandy Guillot. 

Acteur déjà établi, la plateforme de santé HKind a su réagir très rapidement à l’annonce de la pandémie. « On a arrêté tout le développement commercial pour concentrer notre énergie à développer des rubriques COVID-19 dans l’application ouverte HKind et permettre à tous de partager des initiatives que les gens développent et pour aider au confinement. » nous raconte la fondatrice Alice de Maximy. En mettant sa solution à disposition de 10 000 soignants de villes dans la région Grand Est, via une collaboration avec l’ARS locale, HKind illustre également le sens et la pertinence que peuvent porter des collaborations privés/publics.

Des initiatives solidaires conçues pour durer

Si la crise sanitaire semble s’estomper, la crise économique et sociale est loin d’être finie et le besoin de solidarités ne s’effacera pas. Susana Nunes, co-fondatrice de Commerce mon amour – structure qui vient en aide aux commerces en besoin de financements – en est certaine « Le dispositif va perdurer parce qu’on ne sait pas exactement quand certains commerces vont ouvrir. Il faut qu’on puisse soutenir de manière pérenne les commerces et les services de proximité qui nous tiennent à coeur. » 

De fait, isolement et aspirations à vivre et consommer différemment ne datent pas non plus d’hier. « La situation d’exclusion, d’isolement social n’est pas un sujet nouveau dans la société française. » nous rappelle Antoine Verstraete, superviseur de Croix Rouge Chez Vous. Si les mesure d’urgences semblent y répondre, il est primordial d’inscrire ces avancées sociales sur le temps long. « Croix Rouge Chez Vous a vocation à être pérennisé sur le long terme après la crise. » même si son activité « prendra forcément une forme différente. » nous explique-t-il.

Pour Eliette Vincent, fondatrice de Cocolis :  « la solidarité est  l’une des valeurs sur lesquelles on s’est fondés. Sur les réseaux, on voit que les gens ont de plus en plus envie d’aider à leur échelle. » Pour cette plateforme de livraison pour le transport, la crise aura été une opportunité de grandir. Eliette fait le pari que le futur ne sera pas si différent « Les gens auront envie de consommation locale et ce n’est pas ce que les pouvoirs publics vont leur donner. ».

A long terme, un nouveau projet de société ?

Or si l’on veut réinventer les modes d’agir et de consommer, il va falloir regarder par delà l’urgence. Quand on est face au mur, il est parfois difficile de prendre de la hauteur. C’est pourtant essentiel si on ne veut dessiner les contours d’une société solidaire. Eva Sadoun, fondatrice de la plateforme d’investissement responsable Lita.co, en sait quelque chose « On n’a jamais été autant mobilisés parce qu’on est un business de crise et qu’on répond à la crise naturellement. On est supra-mobilisés, on est crevés. »

Si Eva persévère, c’est que pour elle agir c’est c’est aussi ce qui permet de dessiner de nouveaux projets de société : « L’entrepreneuriat social c’est le vecteur le plus efficace pour avoir un impact positif sur cette terre. Quand j’ai commencé j’avais 23 ans et je n’aurais pas été forcément pertinente pour faire de la politique. L’entrepreneuriat est un vecteur de thèses, d’expérimentations et permet de mener une aventure collective tandis que les parcours politiques sont plus personnels. » Car ce qui se cache derrière cette notion de « solidarités », c’est bel et bien un engagement politique des organisations.

Article écrit par Stroïka

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Image par StockSnap de Pixabay

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