Nicolas Bard est le co-fondateur de MakeICI, structure créée en 2012, qui a permis de mettre sur pied une première manufacture appelée ICI Montreuil. Dès le départ, l’objectif était de relancer une filière, dans un bassin d’emploi local, pour s’adresser à une population délaissée par les pouvoirs publics, les artisans d’art. Ce lieu permet alors à ce public particulier de travailler sur des machines onéreuses et de monter en compétences. La manufacture leur fait également bénéficier d’un soutien administratif et commercial.

L’impact, qu’est-ce que ça signifie pour toi ? Comment cela se matérialise-t-il dans ton activité ?  

Notre ambition première était d’aider les artisans : ils avaient du mal à trouver des ateliers, le prix au mètre carré grimpait, les banques ne prêtaient pas, le coût des matières s’envolait… On voulait simplement leur offrir un cadre dans lequel ils pourraient se développer facilement.

Mais rapidement, un deuxième enjeu s’est imposé. Nous avons réalisé que notre structure pouvait bénéficier à beaucoup de personnes en reconversion, ayant subi un licenciement, ou encore à des jeunes sans diplômes. Nous avons donc mis sur pied un dispositif d’accompagnement et de formation sur mesure permettant à une centaine de personnes de retrouver une voie par le faire. Pour mener à bien cette initiative, nous avons dû recruter une équipe de professeurs dédiée, inventer de nouveaux métiers et nouvelles méthodes d’enseignement. Notre troisième ambition a rapidement porté sur l’engagement environnemental. Lorsque nous implantions une manufacture, nous tenions à faire baisser le poids écologique du quartier. A Nantes par exemple, nous travaillons avec l’ADEME pour chercher à diminuer l’impact négatif de la logistique d’un côté, et de l’autre, à maximiser la réutilisation de nos déchets de production.

Inauguration de la Manufacture Collaborative et Solidaire ICI Marseille – Ecoquartier des Fabriques , un projet porté par Euroméditeranée, conçu et réalisé par LinkCity UrbanEra – 11 octobre 2018 – Marseille

As-tu développé des outils et des indicateurs pour mesurer l’impact de vos actions à la fois sur le terrain et en termes de représentations ?

Il est relativement aisé de mesurer l’impact de nos formations : le volume d’heures d’enseignement délivrées ainsi que le nombre total de personnes qui en bénéficient sont de bon indicateurs.

Sur l’aspect recyclage, nous avons eu la chance d’avoir des résidents compétents et enthousiastes, dès le début. La création de groupes de travail nous a permis de regrouper les déchets par familles, pour ensuite comptabiliser les volumes et enfin identifier des solutions pour recycler ces déchets. Cette dernière étape peut prendre différentes formes. Une bonne partie des déchets est par exemple utilisée au sein de la chutothèque : un espace dédié, où résidents, habitants du quartier ou personnes en formation peuvent se servir librement. D’autres déchets suivent des trajets bien spécifiques : par exemple, le marc de café que nous produisons en grande quantité est récupéré puis renvoyé vers un ferme d’agriculture urbaine.

Notre impact se mesure donc à l’aune du volume de déchets évités.

Pour toi, quel rôle le dirigeant doit-il jouer pour mener à bien une initiative qui souhaite avoir de l’impact ?

Dès la création d’une activité, le dirigeant doit intégrer dans les statuts de son entreprise le rôle social qu’il souhaite lui conférer. Pour parler de ma propre expérience, nous avons opté dès le départ pour un statut de Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC). Cela nous permet d’agglomérer différentes parties prenantes sur le même projet et fédérer un écosystème plus facilement. C’est une différence majeure avec une Société coopérative et participative (SCOP), qui est davantage tournée vers les salariés.

Mais pour mener à bien une initiative, le critère le plus important est le bien-être des salariés. Ce n’est pas parce qu’on l’a un rôle social que l’on doit négliger son impact en interne. Dès lors, une échelle des salaires, une paie confortable et une maîtrise des horaires de travail sont nécessaires.

Chez MakeICI, nous avons mis au point un outil dédié au suivi de notre impact. L’équipe a donc mis sur pied des groupes de travail puis défini une série d’actions à mettre en place. Nous avons catégorisé ces actions pour faciliter leur suivi et nous réalisons désormais une évaluation tous les 6 mois. C’est ce type d’initiative qu’un dirigeant se doit de mettre en oeuvre. 

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